Compte-rendu, sortie 10 - Déformations en vallée de Gavarnie | Gèdre-Gavarnie, 12 oct. 2024
Rendez-vous en début de matinée dans le village de Gèdre-Gavarnie avec Alain et Jean nos géologues du jour pour la découverte d’un affleurement calcaire en bordure de route.
Pour la petite histoire, Arthur Bresson avait appelé, en 1903, ces calcaires « les calcaires de la Dalle ». Pour comprendre ces roches, il faut remonter dans le temps, au début de l’ère Primaire, dans l'hémisphère sud se trouve un océan où s’accumulent des dépôts sédimentaires à l'origine des futures roches que l’on découvre aujourd’hui. A partir de -300Ma de grands mouvements tectoniques transforment la surface de la terre en comprimant ces sédiments et modifiant leurs structures.
Pas moins de 16 points d’intérêts nous attendaient sur près de 150m, de quoi se familiariser avec les déformations souples et cassantes qu’ont subies ces roches. Nous retrouvons bien l’origine sédimentaire avec alternance de dépôts successifs fins et de dépôts plus rapides de type calcarénites. Ils sont parfois de couleur noire donc plus riches en matière organique non oxydée. Nous remarquons des éléments boudinés calcaires ou de diabase venus se glisser dans une zone ductile lors d’un métamorphisme.
Plus loin, après le virage ce sont des laminations gréseuses qui nous racontent l’enregistrement de cycles de marées, il y a près de 300Ma ! Ces dépôts sédimentaires de couleurs sombres et blancs ont la forme de fines strates (lamines), pour Jean, ils sont l’indice d’un environnement calme et stable de type « bassin subsident » ou de « transgression marine ».
Une courte marche nous amène devant le "bureau des géologues’’. Ce site est le départ du sentier historique des expéditions de Louis Ramond de Carbonnières, botaniste et géologue, reconnu pour ses célèbres ascensions vers le Mont-Perdu à la fin du 18eme siècle.
Après le déjeuner, direction le plateau du Saugué, site très apprécié des randonneurs pour sa quiétude et ses magnifiques points de vue sur le cirque de Gavarnie. Mais pour les 15 amateurs de géologie du jour c’est plutôt la position singulière de la barre de calcaire gréseux du Santonien (env.- 85 Ma) décrite par Alain qui interroge. En effet elle représente la transgression majeure d'âge Crétacé supérieur sur le socle métamorphisé de l'Ordovicien. Arrivent au-dessus de ces carbonates par un contact anormal, les schistes noirs ampéliteux du Silurien recouverts de toute la section dévonienne. Pour Alain « cette superposition anormale résulte de l’orogénèse Pyrénéenne : lors de la compression, le socle et son revêtement sédimentaire autochtones Crétacé ont été recouverts par les terrains allochtones du Paléozoïque. Ces terrains plus anciens charriés vers le sud sur environ 7 à 9 km, constituent "l’unité chevauchante" ou Nappe de Gavarnie. Les terrains datés du Silurien caractérisés par des pélites noires graphiteuses formant la semelle de cet ensemble chevauchant ont favorisé les décollements et les déplacements en tant que "couche savon".
Un dernier regard sur le cirque Gavarnie avec sa cascade de 423 mètres de hauteur et c’est déjà l’heure de rentrer.
CF






